21/01/2013

Transition énergétique : comment voulez-vous qu'on débatte dans ces conditions?

Le débat national sur la transition énergétique a du mal à s'enclencher. Il pourrait démarrer en Bretagne car il y a de la matière et des opportunités. Manque eut-être un peu de bonne volnté et ...de bonne foi!


 

Dans le programme gouvernemental de François Hollande, la transition énergétique occupait une place importante. C'est d'ailleurs le sens donné aux premières conclusions de la conférence environnementale qui s'est tenu en septembre 2011. Il fallait dare-dare mettre en place un grand débat national sur la transition énergétique.

Depuis, les débats se font attendre. Certes, je ne parle pas des débats un peu stériles sur la composition du comité de pilotage, sur les grands mouvements de manche de certaines ONG; qui préfèrent déserter le débat avant même qu'il fut. Non, je veux parler du vrai débat, celui sur le diagnostic partagé, celui sur les enjeux, celui sur les solutions alternatives ou complémentaires existant, celui enfin sur les choix de société, économiques et sociaux que cela impliquent, avant que le débat ne se déplace sur le champ de la décision politique.

Ce débat peine à démarrer, comme le dit et l'explique la gazette des Communes qui, souvent, exprime à voix haute ce que les élus locaux penset mais n'osent pas dire.

http://www.lagazettedescommunes.com/150444/transition-ene...

Transition énergétique : le débat peine à démarrer

Mais comment voulez-vous que le débat démarre quand les parties prenantes possibles à ce débat sont à ce point si peu à l'écoute  des opinions des autres. Et pour illustrer cela, je vais prendre deux exemples dans l'actualité récente

L'autisme , la surdité et l'aveuglement de la filière nucléaire.

Tout le monde a bien en tête maintenant les déboires du chantier de l'EPR à Flamanville : délais de plus en plus élastiques, coût de construction de plus en plus élevés, malfaçons à foison. Bref, l'exemple-type du chantier catastrophe, l'espèce de chantier qui aurait croisé un chat noir. Et malgré tout, le maître d'ouvrage, EDF, reste droit dans ses bottes

http://www.ouest-france.fr/actu/economieDet_-Reacteur-EPR...

Réacteur EPR : EDF s'engage sur le délai et le coût

Dans le cadre de l'accord de gouvernement entre le PS et EELV, l'avenir de l'EPR était, sinon une une pomme de discord, en tout cas un sujet de débat. Sauf à ce que ce haut dirigeant d'EDF soit désavoué par un de ses actionnaires principaux l'Etat, une telle prise de position constitue une fin de débat : l'EPR est un produit d'exportation et cela vaut tout les débats. Circulez, il n'y a plus rien à voir et la CGT de l'Energie est contente.

Mais dans le même temps, les mêmes refusent d'ouvrir le débat à l'autre bout du cycle de vie d'une centrale, c'est à dire sur le démantèlement des centrales existantes . C'est parce qu'elles souhaitent être consultées et informées sur les opérations en cours sur la plus ancienne et la plus petite centrale que 7 associations du Finistère ont introduit un référé devant le Conseil d'Etat

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Brennilis.-Un...

Brennilis. Un référé contre le démantèlement de la centrale nucléaire

En effet, c'est parce qu'on ne sait pas comment cela peut se passer et que le peu qu'on sache sur ce qui se passe à Brennilis n'est pas très rassurant, qu'il est important qu'une transparence exemplaire existe dans le déroulement des travaux. Ce n'est pas le cas. Pire même, aux dernières nouvelles, pendant que le référé prospère, le responsable du démantèlement du site continue comme si de rien n'était.

Et encore, s'il n'y avait que cela mais nous savons tous que même si tous les problèmes de sécurité étaient résolus resterait cette question qui colle aux basques des nucléarocrates comme le sparadrap à la casquette du capitaine Haddock : l'élimination des déchets.

Pas sûr que la voix de cet évêque soit plus entendu que d'autres

 http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-Orbi/France/Mgr-Ste...

Mgr Stenger pointe les dangers éthiques de la gestion des déchets nucléaires

Il faut dire que ces temps-ci, les propos des évêques ne sont pas en odeur de sainteté (si on peut dire!) du côté de l'Hotel de Matignon ou du Palais de l'Elysée

 

Est-ce du pas de chance, de la provocation idiote, de la maladresse ou de l'incompétence?

Comme je suis par habitude professionnelle un lecteur assidu du Journal Officiel de la République Française, je ne pouvais pas louper cet arrêté, dont l'intitulé peut paraître anodin

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JOR...

Arrêté du 10 janvier 2013 autorisant la société Direct Energie Génération à exploiter une installation de production d'électricité
Ce n'est ni plus ni moins que l'arrêté signé Delphine Batho ou par délégation un de ses hauts fonctionnaires qui va permettre à Directe Energie de commencer de façon active et officielle ses travaux d'élaboration du projet. Certes, il reste encore des tas d'autorisation et d'enquêtes publiques à mener mais le premier pas (celui qui coûte) a été franchi. Le gouvernement a tranché.

Je sais que les ministères ne choisissent pas toujours la date de publication de leurs arrêtés mais n'empêche que cela tombait mal, le 18 janvier 2013. En effet ce jour-là, le collectif Gaspare rendait public son scénario alternatif électrique breton sur le lieu même où ce projet est prévu.

http://www.letelegramme.com/local/finistere-nord/morlaix/...

Landivisiau. Le scénario alternatif électrique breton présenté ce vendredi

 

Comme le sujet est sensible, j'imagine mal quand même un cabinet politique ne pas faire très attention à la publication d'un arrêté dont il sait que sa parution fera du bruit . Alors provocation? Maladresse ou incompétence? Toujours est-il que cela parait être un très joli bras d'honneur fait par ce gouvernement à ceux qui disent que non seulement, ils ne veulent pas de cette centrale mais encore qu'il existe des solutions alternatives mais que la construction de la centrale empêcherait de financer car un sou gâché est un sou qui n'existe plus.

 

face à un tel mépris du discours des autres, face à une politique du fait accompli, comment voulez-vous, que dans ces conditions , les débats régionaux sur la transition énergétique puissent démarrer et surtout prospérer

Et bien ce débat justement ayons le! ICI en Bretagne car tous les éléments sont réunis.

En effet dès que le collectif Gaspare aura mis en ligne le projet qu'il a présenté hier à Landivisiau et qui pourrait donc être consulté sur son site

http://www.nonalacentrale.fr/?p=4814

nous aurons au moins deux documents globaux et régionaux sur la question. En effet, comme le prévoyait le Grenelle de l'Environnement et la loi Grenelle 2 qui en a découlé, l'Etat et le Conseil régional de Bretagne ont élaboré un schéma régional climat-air-énergie dont le calendrier est présenté ici

http://www.plan-eco-energie-bretagne.fr/jcms/c_7684/schem...

et dont on peut trouver la présentation synthétique là

http://www.plan-eco-energie-bretagne.fr/upload/docs/appli...

D'ailleurs  le débat a déjà commencé puisque les "forces vives c'est à dire le Conseil Economique , Social et Environnement Régional a rendu un premier avis( l'avis sur le SCRAE  se trouve dans les pages page 78 à 105

http://www.bretagne.fr/internet/upload/docs/application/p...

Si on rajoute les démarches  menées dans le même cadre législatif par les collectivités territoriales

http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne...

Climat-énergie. La Bretagne montre l'exemple

Il y a là matière à un vrai débat sur la transition énergique en Bretagne.

Mais compte tenu du peu de cas fait jusqu'à présent des positions de Gaspare n'est-ce pas déjà un peu tard. L'urgence électrique n'est pas telle qu'on ne puisse prendre quelques mois pour en débattre, n'en déplaise à ces Messieurs de Direct Energie, si pressés d'investir!

 

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